Selon le TAR de Parme, le refus de citoyenneté par mariage relève normalement du juge judiciaire
Une demande de nationalité italienne par mariage est déclarée irrecevable parce que les pièces d'identité ne concordent pas. Vers quel juge faut-il se tourner ? La réponse est au cœur de la décision du Tribunal administratif régional d'Émilie-Romagne, section détachée de Parme, première section, du 4 juin 2026, n° 309. L'arrêt rappelle une distinction fondamentale entre la naturalisation et l'acquisition de la nationalité par mariage, qui peut déterminer la recevabilité du recours.
La situation de la requérante
La demanderesse avait saisi la préfecture de Reggio d'Émilie en janvier 2018 pour obtenir la nationalité sur le fondement de l'article 5 de la loi italienne n° 91/1992. Au cours de l'instruction, la préfecture avait constaté des divergences dans les informations personnelles mentionnées dans plusieurs documents. Le 28 octobre 2022, elle avait adressé une communication préalable à une décision défavorable et demandé une attestation des autorités diplomatiques ou consulaires du pays d'origine, dûment légalisée, confirmant que les identités figurant dans les différents documents correspondaient à la même personne.
Estimant que les documents requis n'avaient pas été fournis dans le délai imparti, le préfet avait déclaré la demande irrecevable par décision du 12 décembre 2022. L'intéressée avait contesté cette décision devant le TAR en invoquant notamment une instruction insuffisante, l'absence d'appréciation de son intégration en Italie et les garanties de participation à la procédure administrative.
Une question préalable : le tribunal administratif pouvait-il juger le fond ?
Le TAR n'a pas tranché la question de savoir si les documents de la requérante étaient finalement suffisants. Il a déclaré le recours irrecevable pour défaut de juridiction, considérant que le litige appartenait au juge judiciaire italien.
Le raisonnement repose sur la nature du droit invoqué. Pour la nationalité par mariage, lorsque l'autorité vérifie les conditions légales et la régularité de la documentation, la situation du demandeur relève en principe d'un droit subjectif. Il ne s'agit pas de la même appréciation largement discrétionnaire que dans certaines procédures de naturalisation. Une exception importante existe lorsque l'administration exerce le pouvoir de considérer des motifs avérés liés à la sécurité de la République, conformément à l'article 6, paragraphe 1, lettre c), de la loi n° 91/1992.
Dans cette affaire, la préfecture avait uniquement soulevé des divergences d'état civil et l'insuffisance des preuves d'identité. Elle n'avait formulé aucune évaluation particulière relative à la sécurité de la République. Il appartenait donc au juge ordinaire, et non au TAR, de statuer sur le fond du droit revendiqué.
Le fait de recevoir un décret préfectoral ne suffit pas
Un aspect particulièrement utile de l'arrêt est que la forme administrative de la décision n'impose pas toujours la compétence du juge administratif. Même si un préfet signe un décret de refus, il faut identifier la nature de la situation juridique concernée. L'invocation d'un défaut de motivation ou d'une violation de la loi n° 241/1990 ne modifie pas automatiquement la compétence juridictionnelle.
Le TAR a également indiqué que la demande de dommages et intérêts présentée comme conséquence du même refus suivait la qualification du litige principal. Il a compensé les frais de justice et rappelé la possibilité de reprendre l'instance devant la juridiction compétente suivant les conditions et délais de l'article 11 du code de procédure administrative.
Conséquences pratiques pour les familles
Lorsqu'une personne demande la nationalité par mariage, la première précaution consiste à vérifier la parfaite concordance de l'identité dans les pièces étrangères, les documents italiens et les registres d'état civil. Les différences de transcription, de noms ou de dates peuvent nécessiter des attestations et rectifications officielles. Si un préavis défavorable arrive, la réponse doit être étayée par les documents demandés ou par une argumentation précise sur leur pertinence.
Si un refus définitif intervient, il ne faut pas choisir le tribunal uniquement parce qu'il s'agit d'un acte de préfecture. Il faut vérifier si le litige concerne les conditions de la citoyenneté par mariage ou une évaluation spécifique de sécurité nationale, puis déterminer le juge et la procédure appropriés. Engager une instance devant une juridiction incompétente peut entraîner des coûts et des retards, même lorsque la loi permet, sous certaines conditions, de préserver les effets de l'action initiale.
Ce que l'arrêt ne dit pas
Le tribunal n'a pas accordé la nationalité à la demanderesse, ni déclaré l'exigence de vérifier l'identité injustifiée. L'administration conserve le pouvoir et le devoir de contrôler les conditions légales. La décision se limite à déterminer quel ordre de juridiction peut contrôler le refus en cause. Cette limite est aussi importante que le principe affirmé.
Conclusion
L'arrêt n° 309/2026 rappelle que la protection judiciaire commence par la juste qualification de la demande. La nationalité par mariage et la naturalisation ne doivent pas être traitées comme des procédures identiques. Face à un refus lié aux documents d'état civil, l'analyse correcte de la compétence juridictionnelle est un élément indispensable d'une défense efficace.
Décision et source : TAR Émilie-Romagne, Parme, première section, 4 juin 2026, n° 309, présidente Modica de Mohac di Grisì, rapporteure Bardino. Texte intégral. Références : loi n° 91/1992, articles 5 et 6 ; article 11 du code italien de procédure administrative ; décret-loi n° 13/2017, article 3.
Avv. Fabio Loscerbo
Avocat habilité à plaider devant la Cour de cassation italienne
Inscrit au Registre des représentants d'intérêts de la Chambre des députés italienne en matière d'immigration
Lobbyiste inscrit au Registre de transparence de l'Union européenne n° 280782895721-36 en matière de migration et d'asile
ORCID : 0009-0004-7030-0428
Article rédigé avec l'aide d'outils d'intelligence artificielle, sous la direction, la révision et la responsabilité éditoriale de l'auteur.
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